L’économie, c’est nul?

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Quand, à la très classique question « Tu fais quoi dans la vie ? », je réponds que je fais des études en science économique, on me répond en général « Aaah… », en hochant la tête… En effet, que dire de plus ? Aujourd’hui, tout est économique, mais rien n’est plus ennuyeux que l’économie, avec son jargon, ses chiffres et ses problèmes abscons.

Mon objectif est de vous faire changer d’avis. Par chance, j’ai sous la main le livre idéal pour y parvenir : Freakonomics, de Steven Levitt. Tout simplement le livre d’économie le plus lu aux Etats-Unis en 2005. Malgré son curriculum vitae impressionnant, Levitt a une façon peu orthodoxe d’aborder l’économie. Je le laisse se présenter lui-même : « je ne suis pas bon en maths, je ne fais pas beaucoup d’économétrie, et je ne sais pas faire de théorie. Vous ne pouvez pas me demander si la Bourse va monter ou descendre, si la croissance va se poursuivre, si la déflation est souhaitable ou pas ; si vous m’interrogez sur les impôts, je ne peux décemment pas vous raconter que j’y entends quoi que ce soit, ce serait une escroquerie totale. »

Dans cet ouvrage de vulgarisation (mon chien pourrait le lire… si seulement j’avais un chien !), Steven Levitt nous explique comment utiliser les outils de la science économique pour résoudre « les petites énigmes de la vie quotidienne » plutôt que, par exemple, pour déterminer le salaire qu’il faut offrir à l’employé pour maximiser le taux de profit du producteur (et pour avoir ma licence, j’ai hélas du étudier cette question). Levitt considère en effet que le « job » de l’économiste n’est pas de trouver les réponses (il existe des outils qui le font très bien) mais de trouver des questions dignes d’intérêt. Celles qu’il soulève se ramènent aux postulats suivants : (i) la sagesse populaire se trompe souvent ; (ii) les motivations constituent la base de la vie moderne ; (iii) les effets les plus considérables résultent souvent de causes lointaines, et parfois infimes ; (iv) les experts exploitent à leur propre profit les informations qu’ils détiennent.

Par exemple, on pourrait penser que lorsque vous vendez votre maison, l’agent immobilier a comme vous intérêt à vendre au prix le plus élevé possible. En réalité, le comportement de cet expert va dépendre des incitations qui sont ici en jeu. En l’occurrence, si la commission que prend votre agent est de 1,5 % (hypothèse réaliste), on peut se demander si s’efforcer de vendre votre maison 10 000 € de plus (donc gagner 150 € de plus) est rentable pour lui. La réponse est : non, il a bien plus intérêt à la vendre un peu moins cher (et beaucoup plus vite, pour accumuler les transactions, et donc les commissions). La preuve : on a constaté, à partir de données concernant les cent mille maisons de la banlieue de Chicago, qu’un agent immobilier laisse en moyenne sa propre maison dix jours de plus sur le marché, et qu’il en obtient au moins 3 % de mieux.

Je n’irai pas plus loin dans l’exposé des résultats obtenus. En effet, lire soi-même le processus de corroboration d’hypothèses à première vue farfelues est assez jubilatoire – je ne veux pas vous priver de ce plaisir. Ni de celui d’apprendre un certain nombre d’anecdotes amusantes sur les rites secrets du Ku Klux Klan, les tournois de sumo, ou encore les consommateurs de bagels. Et encore moins de celui de voir des opinions communément acceptées se faire soigneusement démolir.

D’autant que mon objectif n’est ni de faire une fiche de lecture de Freakonomics, ni d’en faire la promo. On pourrait d’ailleurs trouver à redire sur l’inégale qualité pédagogique des démonstrations (la méthodologie est rarement explicitée), ou encore sur la propension de l’auteur à présenter comme autant de « découvertes » des résultats déjà démontrés (je pense à la dernière étude, qui porte sur le choix des prénoms).

En revanche, ce livre synthétise à peu près toutes les raisons pour lesquelles j’estime que la science économique, à laquelle on associe souvent l’univers froid des marchés à terme, des indices boursiers et des décisions rationnelles mais injustes, est tout sauf déconnectée du monde réel. Un monde horrible en un sens, rempli de faux-semblants, d’opacité et de pure escroquerie. Un monde écœurant. Mais un monde que l’on peut comprendre, pour lequel on peut se passionner, et sur lequel on peut agir. Notamment grâce à l’économie.

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3 commentaires

  1. Commentaires

    Josie dit :
    19 décembre 2007 à 14:36

    Quel homme ce Julio!

    —————————–


    Josie dit :
    19 décembre 2007 à 15:10

    Bon comme mon commentaire n’est pas très “constructif” je me permet de mettre un lien en rapport avec le sujet…
    http://www.autisme-economie.org/
    en attente d’une réaction de Julio…;-)

    très économiquement,
    Josie .

  2. J’ai lu ce livre, j’ai su l’apprécier.
    Quelques questions me reste en suspend, notamment la question sur les pékinoises,
    il semblerais qu’une pékinoise influent sur l’économie du caoutchouc au brésil, or
    tout le monde sait qu’avec les loutres sous marines et leurs impact écologiques en Irak,
    le taux de croissance du néo-nain en europe de l’ouest est bipolaire.

  3. Ce livre est magnifique, j’ai rien de lu de tel depuis “Banbi”, pour moi ce livre est une révélation, tous les soir je me démonte la gueule à la Vodka en espérant pouvoir comprendre l’intégralité de ce livre.
    Il a changer complètement ma vie, ainsi que mon mode de pensé, maintenant je suis devenu totalement incontrôlable, et je me moque tout ….
    Vive les putes, et les clochards…..

    Très Vodkaiquement,
    Igor Kodrayoskie

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