« Katzenjammer Kabarett », un nom un peu compliqué pour un groupe assez étrange. J'ai retrouvé, à la terrasse d'un troquet parisien, trois des membres pour tenter d'éclaircir le mystère.

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Rencontre Zik : Katzenjammer Kabarett

« Katzenjammer Kabarett », un nom un peu compliqué pour un groupe assez étrange. J’ai retrouvé, à la terrasse d’un troquet parisien, trois des membres pour tenter d’éclaircir le mystère.

Petit récapitulatif.

Tout commence par la rencontre entre deux lycéens, rongés par l’ennui, et « l’ambiance club med » de La Garde, petit village proche de Toulon. La légende raconte que ces deux-là seraient eux-mêmes tombés par hasard sur M. Guillotine, perché sur un âne, sur la Grand Route, alors qu’il se rendait à la Fête de la Figue, où la belle Marie venait de décrocher le titre de Dauphine à l’élection de Miss Figue. Elle aurait, dit-on encore, fait montre de ses talents en se fendant d’une épatante reprise du « Temps de Colonies » de M. Sardou. De cette provinciale rencontre serait né Katzenjammer Kabarett.

Même si cette rencontre fortuite peut nous laisser quelque peu dubitatifs, on retiendra comme facteur décisif, l’ennui, et à l’origine donc, récapitule Klischee, « un trip de petits bourgeois », un passe-temps pour tuer l’ennui provincial. On retiendra également, la rencontre de deux amis, au lycée, puis l’arrivée de M. Guillotine, l’étudiant, puis, après plusieurs essais infructueux, celle de la jolie chanteuse charismatique, la voix de Katzenjammer, Marie. On raconte également qu’elle et le bassiste se seraient plutôt rencontrés dans un magasin de musique local, alors qu’elle achetait des disques de Dead Can Dance. Un groupe d’amis donc, formé en 2001, qui évoquent à loisir, des souvenirs de Fêtes de la Musique, de piscine, de vodka…
Peu à peu ils se sont retrouvés à Paris, tous les trois, et M. Guillotine continue l’aventure depuis le Sud de la France. Ce qui n’empêche en rien les concerts, les répétitions, et beaucoup de travail abattu, notamment grâce aux possibilités qu’offre internet de rester en contact quasi permanent malgré la distance.


Klischee

Un univers?

Reste à savoir : pourquoi Katzenjammer Kabarett? H.K… nous explique. Grand lecteur de Witkiewicz, le terme « Katzenjammer » s’est imposé à lui. Katzenjammer, mot d’origine allemande (littéralement, le hurlement, la plainte des chats) qui désigne, en polonais, la gueule de bois. Les trois amis soulignent avec malice, que malheureusement, le terme était déjà utilisé par une marque de yaourts. En ce qui concerne celui de Kabarett, ils ont choisi de l’adjoindre au premier bien avant la mouvance de revival permanent dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Il ne s’agissait pas d’un effet de mode, seulement de souligner leur attachement à une époque, mais surtout à sa liberté. La liberté des cabarets, des revues allemandes, des Tucholsky, Kästner, ou encore Valentin. Il en résulte vite un nom difficilement prononçable, souvent raccourci, mais manifestement reconnaissable.

Si on évoque leurs premières chansons assez « deathrock », voire « goths », ils disent qu’ils n’aimaient pas les chauves-souris, le nom du groupe est là, encore une fois pour le rappeler. Leurs influences sont diverses, des Guns n’roses, aux sonneries de téléphone portable, ou à la musique sérielle, ils parlent aussi de la B.O. de Rick Dangerous, et de tellement d’autres choses encore. Ils disent aussi que ce qui est si repérable dans leur musique provient plus de la rencontre entre un mauvais guitariste et un fervent utilisateur de Fruity Loops.


Marie

A propos de l’univers visuel du groupe, H.K… ne peut s’empêcher d’affirmer dans un sourire « L’image, c’est moi ». Nous le croirons sur parole. Chacun a ses influences, son univers propre, et le groupe est dans une perpétuelle phase d’évolution. Effectivement l’image est moins « Années 1920 », ils se diversifient. Les garçons portent des jupons sur scène, et Klischee a joué déguisé en Panda lors du dernier concert « Chez Moune ». Est-ce toujours bien cohérent? Le groupe court-il à l’implosion? Non, assurément pas. Les groupe intègre avec finesse les choses que chacun des membres aiment, toute idée nouvelle est bienvenue. Et de fait, par exemple, le Panda est totalement cohérent avec le visuel, c’est un personnage hybride. Tout finit par s’intégrer parfaitement à cet univers bariolé et qui prône résolument une liberté d’expression presque totale. Marie a parfois arboré des tenues très « punk », parfois très rétro, tantôt 1920, tantôt 1950, et H.K… porte parfois des chemises à cols « pelle - à - tarte ». L’évolution s’inscrit dans son temps, appréhender l’époque, le XXIe siècle comme siècle des Revivals. Le groupe se caractérise surtout, en ce qui concerne son image, par son goût du déguisement, du jeu, tout en conservant, cela va de soi, une certaine élégance. Et on retrouve ici encore la véritable signification du « Kabarett », un vrai esprit joueur.

De fait, cela s’entend à chaque chanson. H.K… qui commet quasiment toutes les paroles, avoue détester « le je », il est particulièrement inspiré par les premiers Génésis, où Peter Gabriel raconte de petites histoires. Chaque chanson de Katzenjammer Kabarett est une petites histoires, où le sentiment est « hors de propos ». Il ne s’agit pas de raconter sa vie en musique mais bien de construire de véritables concept-albums. Il parle de sonographie, et de scénographie. Leurs textes sont toujours extrêmement fins, toujours empreints d’une forte intertextualité, très intelligents, ce qui contribue nettement à renforcer la cohérence de cet univers pourtant très éclèctique, ce cabinet de curiosités. Klischee a toujours quelques bouts de morceaux sous la main, H.K… quelques paroles sous le coude, ils proposent, ajustent, et ainsi disposent en permanence de nouveaux morceaux. Ils en rigolent, d’ailleurs, « le troisième album est déjà prêt, même s’il ne verra probablement le jour qu’en 2027! »

Leurs projets?

Dès le mois d’octobre, le groupe va prendre une dimension européenne, Klischee part pour Berlin, mais compte bien poursuivre l’aventure avec Katzenjammer Kabarett, il prévoit plusieurs allers-retours par mois, chacun continuera de travailler de son côté, et ils continueront de mettre en commun régulièrement leurs idées, leurs envies, leurs univers, comme ils l’ont toujours fait. En octobre également, ou en tout cas d’ici la fin de l’année 2008, leur deuxième album sera disponible. Ils ont des concerts prévus à Rome, à Milan, puis en Allemagne. A ce propos, on peut s’etonner de si peu les voir sur les scènes françaises, ils donnent une explication simple. La France est un pays-musée où il est difficile d’avoir un public, et les organisateurs français ne prennent peut-être pas autant de risques qu’à l’étranger. Le fait de chanter en anglais leur permet de s’exporter facilement. On peut s’etonner également du peu de visibilité du groupe, notamment sur internet, ils se disent timides, et blaguent encore : « Nous sommes des putes musicalement, mais nous ne savons pas marcher sur un trottoir  [...] tout se fait par le bouche-à-oreille, enfin, surtout la bouche… ». Ils avouent être dépendants des contingences commerciales et matérielles et attendent la sortie de l’album pour avoir plus de matière à faire de la promo. Ils nous promettent un troisième album, « un quintuple! », et il nous tarde de l’écouter.

Nous, pour l’heure, nous attendons vivement de les revoir sur scène, et de savourer, cet hiver, leur deuxième album. Pour jeter une oreille et avoir les dates des prochaines concerts :
http://www.myspace.com/katzkab

Je tiens à remercier Eva May Chan pour ses belles photos, et vous suggère vivement de faire un tour sur son blog : http://evamaychan.canalblog.com
Photos : Eva May Chan ©

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