Tempête de douceur

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Ponyo sur la falaise (崖の上のポニョ, 2008), de MIYAZAKI Hayao

Je l’attendais avec crainte depuis des mois. L’été dernier, au Japon, Ponyo était partout: à la télé, dans les rues, dans les grands magasins sous forme de peluches, de cahiers, et d’à peu près tous les types de produits dérivés possibles et imaginables. Ce petit côté Disney inquiétant, qui s’ajoutait à la (semi-)déception du Château ambulant, ne m’encouragea pas vraiment à aller voir le film. J’attendrais la sortie la sortie française.

Miyazaki fait une relecture de la Petite Sirène d’Andersen, qu’il transpose dans une petite ville côtière du Japon contemporain. Sôsuke, un petit garçon débrouillard de 5 ou 6 ans, fils d’un marin absent et d’une femme de caractère (figure chère à Miyazaki), rencontre une fillette poisson dont il s’éprend et qu’il surnomme Ponyo. Celle-ci, dotée de pouvoir magiques, tombe vite amoureuse de lui, au point de braver les interdits de son père, un magicien des fonds marins, pour se transformer en petite fille et partir découvrir le monde de Sôsuke.

Mon appréhension était si forte, en entrant dans le cinéma, que je regardais le début du film en négatif : au lieu de l’apprécier tout simplement, j’étais surpris et soulagé à chaque scène de voir le film ne pas tomber dans les facilités qui s’esquissaient et que j’étais prêt à encaisser avec résignation. Le dessin plus naïf, la ligne plus claire, les formes plus simples que dans Mononoke, Chihiro ou Porco Rosso, me parurent d’abord suspects: Miyazaki me semblait être tombé dans la facilité. Jusqu’à ce que je comprenne qu’il collaient parfaitement au ton léger du film. Peu à peu je réalisai, sans oser y croire vraiment, ce qui se passait: j’étais devant un nouveau Totoro.

En effet, même si l’on retrouve sur le fond les grand thèmes cher à Miyazaki (l’écologie, l’amour, la famille…), le grand maître japonais revient, avec Ponyo, à un cinéma dans sa forme plus enfantin, plus naïf, plus gentil, et dépourvu du souffle épique qui habite la plupart de ses autres films. Ou le détournant: la meilleure scène du film est une chevauchée aquatique magnifique, sur un thème musical de Joe Hisaishi, hommage malicieux à Wagner. Point de terrifiantes walkyries ici pourtant: la « Chevauché de Ponyo » est emportée et alerte, mais souriante et bariolée, à l’image du film. A voir la petite fille courir sur les vagues, à la poursuite de son amour, on ne peut que sourire béatement. La Nature déchaînée inquiète, mais ne mène jamais à la catastrophe. Le monde d’après le déluge, loin d’être le lieu d’un pessimisme apocalyptique, et celui de la solidarité, de la bonne humeur et d’un vivre ensemble rayonnant. Cette vision de société idéale, qui est en fait la nostalgie d’un Japon populaire chaleureux commune à tous les films de Miyazaki, se marie subtilement bien avec les références piochées dans la culture occidentale; le meilleur exemple est la de la mère de Ponyo, mélange de divinité grecque, de princesse viking et de yôkai (être surnaturel du folklore japonais).

Cette mère, inquiétante par son absence durant tout le début du film, apparaît finalement bienveillante et encourage la première l’enfance d’un amour qui se crée entre Sôsuke et Ponyo, un amour évident et joyeux.

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